Elles
étaient initialement constituées d'une roche naturelle
(grès, une roche sédimentaire formée de
grains de sable très fin réunis par un ciment
naturel siliceux ou calcaire). On parlera de meulière
ou de pierre meulière (silicate de chaux). Elles étaient
soit monolithes, soit constituées le plus souvent par
un assemblage de fragments de meulière, maintenus au
moyen de plâtre et d'un cerclage en fer. Maintenant, elles
sont à base de grains abrasifs artificiels (corindon,
carbure de silicium, diamant,...) qui ont remplacé les
abrasifs naturels (émeri, corindon naturel,...). Les
grains sont agglomérés par des liants. (Vitesse
: 100 tours/mn, Diamètre 1,5m à 2m, épaisseur
de 25 à 30cm. Poids 1m. : 1 tonne).
On transportait les meules à l'aide d'attelages tirés
par des bufs.
Pour écraser les grains et obtenir de la farine on fait
usage de 2 meules superposées :
- La meule supérieure est mobile. Elle est percée
d'un trou carré où est fixé l'arbre de
transmission, c'est la meule courante, mouvante, tournante.
- La meule fixe est percée d'un trou rond, plus large,
où tourne librement l'arbre. C'est une meule dormante
ou gisante.
La
meule courante est maintenue au-dessus de la gisante par un
axe en fer qui s'emboîte dans l'anille, sorte de patte
en fer en forme de X, percée en son milieu d'un trou
carré. Elle est fichée et scellée au centre
de la gisante. Les meules sont surmontées d'une trémie
dans laquelle le meunier déverse le grain. Il en ressort
par l'orifice inférieur d'où il tombe dans l'auget,
un petit conduit mobile en bois, dont l'agitation saccadée
entraîne le grain vers le centre de la meule, nommé
oeillard. Le tic-tac de l'auget est produit par le babillard,
pièce métallique à angles saillants qui
termine l'axe en fer et tourne avec lui afin d'imprimer ces
secousses à l'auget.
Le grain disparaît dans l'oeillard et s'infiltre entre
les deux meules dont les faces sont creusées de sillons
(piquer les meules) de manière à faciliter sa
progression durant l'écrasement. Enfin, la mouture
est expulsée par la force centrifuge. Afin qu'elle
ne se répande pas partout, les meules étaient
renfermées sous une archure. Ce couvercle de bois était
rond ou octogonal.
La
qualité du grain et la sécurité du moulin
dépendaient de l'entretien et de l'usage des meules :
- Le rhabillage des meules
- Le réglage de leur écartement
- La non-utilisation de la meule à blé pour une
autre céréale (sauf si nettoyage).
- Ne pas les faire tourner à vide les pierres en
silex pouvaient mettre le feu aux archures
A l'origine, le paysan repartait avec le produit
brut, son et farine mélangés. Petit à
petit, les meuniers s'équipèrent de blutoirs
et procédèrent à l'affinage. Autre cas
: le meunier achetait le grain au particulier pour le revendre
à l'état de farine au boulanger.
Pour
moudre 100 kilos de grains, il fallait entre 1H30 et 2H.
Cela dépendait :
Du piquage de la meule
De la nature du grain
De
la mouture
De
l'humidité du grain : un grain sec est plus vite
moulu qu'un grain humide.
LE BLE
La culture du blé et l'usage des céréales
remontent à l'origine de la civilisation. Les premiers
hommes sont chasseurs et nomades, puis ils se sédentarisent.
Ils ensemencent et récoltent. On parlera de naissance
de l'industrie chez l'homme primitif. Il écrasait
le blé pour manger la farine crue et délayée
dans l'eau ou cuite au feu.
Le blé donne un produit complexe : La farine fine,
les gruaux ou grosse farine, le son ou partie corticale
du blé.
Divers peuples de l'Antiquité
célébraient les fêtes d'une pléiade
de dieux :
- Isis (déesse égyptienne).
- La Triade d'Eleusis (Eleusis est un port de Grèce)
:
Déméter: myth. grecque, fille de Korê, déesse
de la terre cultivée. A l'origine, son culte était
strictement lié à la culture du blé. Un
de ses attribut est l'épi.
Korê et Triptolème : myth. grecque, roi mythique
d'Eleusis. En récompense de son hospitalité, Déméter
lui aurait appris la culture des céréales et lui
aurait ordonné de la diffuser. -Cérès (déesse
romaine des moissons, idem Déméter)
-Janus (myth. romaine, dieu romain, gardien des portes de Rome,
dieu des passages dans l'espace et le temps). Divinités
auxquelles ils rapportaient respectivement l'origine de la culture
du blé.
L'écrasement du blé était considéré
comme un travail très pénible dont les esclaves
ou prisonniers étaient chargés. Ne voit-on pas
Samson, prisonnier des Philistins faire tourner les meules
?
Chez les Egyptiens, on crevait les yeux aux criminels avant
de les mettre au travail. Chez les romains, c' était
les prisonniers de guerre, esclaves et citoyens pauvres. Les
romains appelaient pistores ceux qui moulaient le blé.
Le nom de far, donné au blé fut l'origine de
farina. Avant de moudre, ils concassaient le grain dans un
mortier à l'aide d'un pilon. De même que les
meules, les pilons étaient mus par l'eau. Puis ils
blutaient les céréales ainsi mondées
(débarrassées de leur enveloppe adhérente)
à l'aide d'un tamis de cuir à larges mailles.
Selon l'écrasement du grain (préalablement pilé
et moulu) par les meules, on obtenait plusieurs sortes de
farines (PLine).
Les anciens attachaient une grande importance à la
conservation du blé.
On a retrouvé des semences dans les tombes Egyptiennes,
en parfait état de maintien.
Les
moulins à eau adaptés à la mouture des
grains ne se développent en France qu'à la fin
du XVIème siècle. C'était des moulins-bateaux,
placés au milieu des rivières. Plus tardivement,
constructions au bord de l'eau. Mouture économique
remplace la mouture à la grosse.
En 1742, Olivier Evans, mécanicien américain
invente le beffroi (assemblage de 6 à 8 meules sur
une même plate-forme circulaire). Ce qui entraîne
une véritable révolution dans l'art de la meunerie.
Le système américain a été importé
en France en 1817. Les moulins américains prirent en
Europe le nom de moulins anglais. La force du moteur est transmise
aux meules de 1m30 de diamètre qui tournent à
la vitesse de 115 tours par minutes ou par des courroies ou
des roues à engrenages en fonte. Le moulin anglais
est un bâtiment à plusieurs étages.
La farine et l'huile de noix sont les éléments
nutritifs de base de tous les foyers. Les moulins à
farine ne cesseront leur activité qu'au début
du XXème.